ECONOMIE

Le secteur du tourisme ivoirien est « fortement » impacté par le Covid-19 (FNIH-CI)


Bouaké360-Bouaké (Côte d’Ivoire)

Dans un entretien accordé à Bouake360, le président de la Fédération Nationale de l’Industrie Hôtelière de Côte d’Ivoire (FNIH-CI), Lolo Diby Cléophas, fait un tour d’horizon complet sur l’état des lieux de l’industrie du tourisme et de l’hôtellerie en Côte d’Ivoire, relevant dans la foulée l’impact négatif du Covid-19 sur ce secteur avec des conséquences économiques et sociales « importantes ».

Propos recueillis par Eliezer Rodemi

Bouake360 : Pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs ?

Je suis Monsieur Lolo Diby Cléophas, président de la Fédération Nationale de l’Industrie Hôtelière de Côte d’Ivoire (FNIH-CI), par ailleurs Vice-président de la Fédération Ivoirienne des Petites et Moyennes Entreprises (FIPME).

Bouake360 : La FNIH-CI, c’est quoi concrètement et quelles sont ses missions ?

Lolo Diby Cléophas : La Fédération Nationale de l’Industrie Hôtelière de Côte d’Ivoire (FNIH-CI), Association Patronale des Promoteurs de l’Hôtellerie, de la Restauration, des Métiers de Loisirs et Détente, a été créée en 1956 sous l’appellation de Syndicat des Hôteliers, Restaurateurs, Débitants de boissons, et Cabaretiers de Côte d’Ivoire.

C’est en 1985 qu’elle a pris la nouvelle dénomination de Fédération Nationale de l’Industrie Hôtelière de Côte d’Ivoire (FNIH-CI).

La FNIH-CI, présente sur le territoire ivoirien à travers 26 Sections, compte un peu plus de 3100 membres (point de fin décembre 2020).

Les principales missions de la FNIH-CI consistent à :

Défendre les intérêts du secteur d’activité et contribuer à promouvoir son rôle économique et social auprès de l’ensemble de ses partenaires (pouvoirs publics, secteur privé, partenaires techniques et financiers, société civile …) ;

Représenter le secteur d’activité auprès des pouvoirs publics, des administrations, des médias, du secteur privé, et d’autres instances ;

Apporter une information et une analyse d’ordre juridique, sociale et économique aux adhérents et aux différents partenaires ;

Assister et encadrer ses membres afin de contribuer à la bonne gestion et au développent de leurs activités professionnelles.

Bouake360 : Quels sont les liens qui lient la FNIH-CI et la FIPME ?

LDC : La FNIH-CI est une des 37 Organisations patronales (fédérations, Associations, etc.), membres de la FIPME.

Le 1er Responsable de la FNIH-CI est :

Un des 3 Vice-présidents de la FIPME ;

Administrateur, pour le compte de la FIPME, au sein du Conseil de Surveillance de l’Agence Côte d’Ivoire PME ;

Le Président de la « COMMISSION ENCADREMENT ET DEVELOPPEMENT DES ASSOCIATIONS DE BASE ET DES DELEGATIONS REGIONALES », après avoir présidé la Commission juridique, fiscale et parafiscale pendant environ 4 années ;

Membre du Groupe de Travail 3 « LUTTE CONTRE LA CORRUPTION ET RENFORCEMENT DE LA BONNE GOUVERNANCE », un des 6 groupes de travail mis en place par le Premier Ministre au terme du Séminaire Gouvernemental d’avril 2021.

Bouake360 : Quelles sont les difficultés auxquelles votre structure est confrontée en cette période de la pandémie ?

LDC : Le pire est passé mais les « séquelles » sont présentes.

La crise sanitaire liée au COVID-19 a touché et continue d’impacter de nombreux secteurs de l’économie mais plus particulièrement celui du Tourisme.

Tous les principaux sous-secteurs du Tourisme et des Loisirs (Agences de tourisme ; Etablissements d’hébergement ; Etablissements de restauration ; Espaces évènementiels et de loisirs, Bars et Night-clubs) sont très impactés et les conséquences économiques et sociales sont importantes, sans compter les répercussions sur les autres secteurs liés à leurs sources d’approvisionnement (l’agriculture, l’élevage, la distribution alimentaire…).

La principale difficulté demeure les soutiens financiers et les mesures d’accompagnement pour une relance pragmatique des activités des entreprises encore vivantes.

Bouak360 : Est-ce que vous avez bénéficié de l’appui de l’État de Côte d’Ivoire pendant la crise du covid-19, sinon comment avez-vous fait pour gérer la situation et tenir jusqu’à ce jour ?

LDC : Nous avons bien accueilli la mise en place des fonds de soutien, cependant, les critères et les modes opératoires de ces fonds ne sont pas adaptés à notre secteur complètement sinistré, et qui a du mal à assumer ses responsabilités fiscales, sociales, etc.

En fin décembre 2020 (Conseil des ministres du 20 janvier 2021), environ 90 PME de notre secteur ont eu un soutien de l’ordre de 2,5 milliards de FCFA. Ce, sur un total de 590 PME pour 25,55 milliards de FCFA débloqués.                                                                                                          

Or, en avril 2020, et selon une étude effectuée sur les PME du secteur (6902 PME liées à la DGI) par la FNIH-CI, les besoins étaient de 37 milliards de FCFA.

Depuis lors, les choses n’ont pas terriblement évolué. Mais le Gouvernement et les parties prenantes travaillent sur les dossiers car la volonté politique est réelle.

Bouake360 : Quelles sont les difficultés auxquelles les PME sont confrontées ?

LDC : Les difficultés sont de plusieurs ordres :

Il y a une floraison de licences d’affaires liées au secteur. Pas moins de 43 avaient été dénombrées en 2014 (Etude CCESP – BM – ES Partners). Cela engendre des inspections et contrôles souvent illégaux avec des recettes de services non règlementaires, favorisant une parafiscalité excessive, la corruption, etc.

Il y a aussi une prolifération des résidences meublées non encadrées, qui créent une concurrence déloyale aux entreprises formelles.

Par ailleurs, nous avions déjà de nombreuses préoccupations pour lesquelles nous dénonçons toujours la pertinence et/ou les taux et/ou les problèmes de traçabilité, etc. Ce sont :

La taxe de développement touristique (TDT) ;

La taxe sur les établissements de nuit ;

La taxe sur la valeur ajoutée ;

L’impôt foncier ;

La contribution des patentes ;

La prolifération des recettes de services réclamées par des ministres et d’autres démembrements de l’Etat pour leurs régies internes.

Bouake360 : Pour mieux assainir, voir booster les différentes activités menées par vos membres quelles sont les stratégies que vous pouvez proposer à l’État ivoirien.

Le Secteur du Tourisme et des Loisirs est un des rares secteurs qui a un code sectoriel.

En effet, la loi n°2014-139 du 24 mars 2014 portant code du tourisme en Côte d’Ivoire a été promulguée en 2014.

Malheureusement, ce Code du Tourisme n’a pas encore l’intégralité de ses textes d’application, surtout ceux liés à la fiscalité et la parafiscalité.

Par exemple, l’article 15 stipule : « Des taxes, redevances et autres droits peuvent être créés au profit du développement touristique. La création, le taux et l’affectation de ces prélèvements sont déterminés par décret pris en Conseil des Ministres ». Ce décret n’existe pas encore. Il y a donc des abus de toutes sortes effectuées par certaines directions de l’Administration du tourisme.

Nous avons effectué de nombreuses saisines des Autorités et des structures compétentes afin que l’Etat ivoirien puisse garantir un meilleur environnement des affaires au profit de l’Economie ivoirienne et de tous.

Bouake360 : A long terme quelles seront les grandes lignes que vous développez pour développer les différents secteurs de la fédération ?

La structure de notre économie est dominée par les PME. Dans notre Secteur, 99% des entreprises sont des PME.

C’est pourquoi, notre mandat est globalement placé sous le signe de l’implémentation des grands axes que sont :

La professionnalisation de la FNIH-CI et de ses membres ;

Le renforcement du partenariat avec l’Etat, avec le Secteur privé et avec la Société civile ;

La recherche de la compétitivité et de la qualité par un meilleur encadrement des membres ;

Le développement de grands projets et de projets majeurs au profit des membres.

Bouake360 : Dans quel état se trouve les différents acteurs de votre structure ?

LDC : Nos membres ont plusieurs types de problèmes, cumulatifs ou non, qui sont : L’absence de fonds de roulement / Les dettes accumulées durant les périodes pré-COVID-19, et de fermeture / Les charges incompressibles qui ne sont plus adaptées à nos Business Plan initiaux et à la structure actuelle de nos entreprises / La masse salariale disproportionnée à la capacité d’accueil  / La réduction du chiffre d’affaires / Les échéanciers (taxes, impôts, charges sociales, loyers, CIE…), résultants des moratoires d’accompagnement, se rajoutent aujourd’hui à nos charges ordinaires / La parafiscalité excessive.

Bouake360 : L’axe fiscal et l’axe parafiscal, un mot là-dessus.

LDC : Je suis déjà intervenu sur ces deux axes ci-haut.

Globalement, concernant le Fiscalité et la Parafiscalité, il faut retenir ce qui suit :

L’écosystème est très difficile à cause du non-respect des textes légaux et réglementaires par certains agents du secteur public, quelquefois en complicité avec certains acteurs du privé ;

L’insuffisance organisationnelle, l’absence de contrats de performance, l’absence d’observatoire ou l’insuffisance de contrôle, de certaines directions et structures sous-tutelle constituent de sérieuses menaces pour l’Economie ivoirienne.

Bouake360 : Sollicitez-vous un appui à l’endroit de l’État de Côte d’Ivoire plus particulièrement à l’endroit de votre ministère de tutelle ?

LDC : Les structures et les directions adaptées existent déjà au niveau de l’Etat et surtout au niveau du Ministère du Tourisme et des loisirs.

La vision aussi existe, matérialisée par un plan stratégique (Sublime Côte d’Ivoire) évolutif.

Notre refrain est que chacun fasse son travail dans les règles de l’art. Ce, à travers une bonne mise en œuvre de ses différentes attributions.

Si chacun s’approprie son rôle et ses responsabilités, nous travaillerons avec une belle synergie au profit de tous (Etat, Secteur Privé, populations, etc.).

Bouake360 : Nous sommes au terme de notre entretien, avez-vous un message à lancer à l’endroit de vos membres ?

LDC : Juste avant la pandémie du covid-19, la situation était la suivante :

Le Secteur du Tourisme et des Loisirs, au niveau national et régional, était en pleine croissance. Les opportunités étaient donc réelles et conformes aux missions et attributions du Ministère ;

Le nouveau Code des Investissements (2018) et certaines mesures fiscales contenaient de bonnes dispositions pour le Secteur du Tourisme et des Loisirs ;

La volonté était très forte au niveau des hautes autorités de développer les PME et des mesures et outils étaient régulièrement prises ou crées. Il fallait juste bien les mettre en œuvre.

Les fondamentaux, ci-dessus, sont toujours en vigueur.

C’est pourquoi nous encourageons nos membres à être dans de bonnes dispositions pour la maitrise de leurs droits et devoirs pour plus de professionnaliste, tout en étant des mentors et des coaches pour les structures qui sont encore dans l’informel afin de les emmener à se formaliser et à nous rejoindre.

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