PORTRAIT

Prof Poamé, le penseur de « Bouaké la neuve », quitte la tête de l’UAO


Côte d’Ivoire-Société-UAO-Portrait-Prof Lazare Poamé

Bouaké360-Bouaké (Côte d’Ivoire)

Ce mercredi 20 janvier 2021, la nouvelle est tombée à l’issue de l’hebdomadaire conseil des ministres, le professeur Lazare Marcelin Poamé est remplacé à la tête de l’université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké où il aura passé une dizaine d’années de sa vie à penser un nouveau départ pour cette institution, qui, à l’issue de la crise militaro-politique de 2002 s’était retrouvée couper en deux puis délocalisée à Abidjan dans la capitale économique ivoirienne. Portrait

Elu président de l’université de Bouaké en décembre 2009, alors que l’institution squattait ou louait encore des locaux publics ou privés à Abidjan et Boauké, l’émérite homme de science a très vite compris que seule une approche philosophique de la situation pouvait donner les résultats escomptés à moyen et long terme. Il rentre alors en cogitation et sort le concept de « Bouaké la neuve », l’immense chantier précurseur du retour de l’université de Bouaké sur sa terre initiale. Il savait d’avance la tache ardue, son université devra s’atteler à débroussailler plusieurs hectares de terrain avant la pose des premières pierres de ses édifices lustrés.

L’intrépide Lazare Poamé se lance alors corps et âme dans ce projet futuriste qu’il nourrit avec sa passion et son leadership personnel. En 2010, après l’élection d’Alassane Ouattara à la tête du pays et la crise postélectorale qui s’en est suivie, l’université de Bouaké est reconstruite par l’Etat puis rebaptisée université Alassane Ouattara. M. Poamé retrouve enfin son antre, son temple du savoir qu’il a pensé des nuits blanches durant.

Place maintenant à son organisation interne et sa gestion quotidienne, mission presque impossible en Côte d’Ivoire pour un président d’université quand on connait la braise sur laquelle repose cet espace où les grèves intempestives d’étudiants et d’enseignants sont légions et se terminent souvent dans le sang depuis les années 90.

 L’homme au parlé soutenu, soigneusement puisé dans la riche lexicologie de la langue de Molière fabrique la solution à cette problématique en mettant en place des espaces officiels de discussion entre sa présidence et les autres acteurs. Ce qui lui vaut le mérite d’avoir réussi à pacifier pendant une décennie l’espace universitaire Alassane Ouattara.

Les lauriers ne tardent pas à pleuvoir de partout, tant au plan personnel, académique et social pour cette université de Bouaké et son président.   

Meilleur président des universités publiques de Côte d’Ivoire, 3 fois lauréate du prix d’excellence du président de la république récompensant les meilleurs enseignants-chercheurs de Côte d’Ivoire, meilleur directeur des affaires financières (DAF) des universités de Côte d’Ivoire sont entre autres quelques résultats du travail accompli en une décennie. Les retombées académiques positives, c’est le prof Poamé qui l’explique lui-même.

Sur la base des résultats qu’elle a obtenu ces dernières années lors des concours d’agrégation et de titularisation du CAMES (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur), le bilan de l’université Alassane Ouattara est « largement positif », s’était-il réjoui en novembre 2016, à l’occasion de la cérémonie officielle de la rentrée solennelle 2016-2017 des universités et grandes écoles de Côte d’Ivoire, en présence des ministres Ramata-Ly Bakayoko alors ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et de l’ancien ministre Paul Koffi Koffi.

« Notre bilan largement positif est au prorata des efforts déployés par l’Etat de Côte d’Ivoire, les enseignants-chercheurs, les chercheurs, les membres du personnel administratif et technique et les étudiants pour relever ce défi » avait-il souligné ensuite en toute modestie.                                      En 2015, au concours d’agrégation des sciences juridiques son université a fait 100% de réussite. De 2010 à 2016 elle est restée constante en réalisant un taux de réussite de 100% au concours d’agrégation de médecine. En 2016, l’UAO a réitéré son exploit en obtenant 100% à la titularisation en lettres et sciences humaines.

A cette même date en 2015, ce sont 289 promus de la promotion 2008-2015 du CAMES, issus de L’Université Alassane Ouattara qui ont été célébrés, en présence du Directeur de cabinet du ministre ivoirien de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et du secrétaire général du CAMES

171 Maîtres-assistants (MA), 71 Maîtres de conférences (MC) et 47 Professeurs titulaires (PT) formaient ce groupe des heureux récipiendaires.

En 2018, l’université comptait 20 000 étudiants, 648 enseignants-chercheurs, 24 chercheurs et 338 personnels administratifs.

Lazare Marcelin Poamé fait son entrée chez les Immortels en 2012, en tant que premier africain noir membre associé de l’académie royale de Belgique. Intellectuel de renommée mondiale, il est professeur titulaire de chaire UNESCO de Bioéthique. Philosophe et Bio éthicien, Expert dans les organisations internationales. Il est le Coordonnateur du Master d’Ethique, et de Bioéthique (Afrique de l’Ouest), et est également collaborateur de la Nouvelle Encyclopédie de Bioéthique.

Au-delà de tous ces prix et remerciements, l’une des plus grandes satisfactions de ce célèbre bio éthicien qui a introduit cette science en 1994 en Côte d’Ivoire, aura été d’avoir réussi en 2010 à faire délocaliser la Chaire UNESCO de Bioéthique dans l’enceinte de l’université Alassane Ouattara à Bouaké, dans le centre du pays, donnant ainsi à cette institution une dimension internationalement reconnue.  

« La bioéthique est à la fois un espace de discussion rationnelle et un champ disciplinaire nouveau axés sur les problèmes à dimension éthique posés par le développement hallucinant de la biologie moléculaire et des techno sciences biomédicales », avait-il expliqué dans une interview accordée au confrère abidjan.net.

« Parmi les problèmes dits paradigmatiques de la bioéthique, on peut citer l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie, l’insémination artificielle, le clonage, le statut de la sexualité, du sperme congelé, de l’embryon et de la mère porteuse, l’eugénisme, la brevetabilité du vivant, les OGM, l’informatisation et la manipulation des bases de données personnelles, la commercialisation des organes du corps humain et de ses produits, la finalité de la médecine, des armes bactériologiques et les problèmes environnementaux tels que la biodiversité et la biosphère », avait ajouté l’éminent Maitre.

Les avantages de la présence de la Chaire UNESCO en Côte d’Ivoire, l’immortel Poamé le commente en quelques phrases : « Loger une Chaire de l’ensemble du monde francophone dans une Université africaine et précisément ivoirienne donne à la Côte d’Ivoire une visibilité honorable. Cette visibilité s’est particulièrement accrue à l’UNESCO où la Côte d’Ivoire, à travers le Titulaire de la Chaire, a été portée à la tête du Groupe Afrique du Comité Intergouvernemental de Bioéthique (CIGB) en 2013 ».

Aussi, un autre avantage est celui de la mise au jour de la compétitivité scientifique des Universités ivoiriennes. Etant donné que l’obtention de cette Chaire, la première du genre dans le monde francophone, est conditionnée par une série d’épreuves, la Côte d’Ivoire peut se targuer d’avoir des ressources humaines de qualité. À travers cette Chaire, la Côte d’Ivoire a également l’avantage d’avoir à portée de main une expertise dont elle peut disposer pour résoudre, sous les tropiques, les problèmes de bioéthique.  Ainsi, la Chaire s’attache, par des activités de recherche et à la demande d’institutions publiques et privées, à aider à une meilleure compréhension des transformations sociétales afin que les réponses proposées soient suffisamment éclairées, notamment par les principes éthiques et bioéthiques.

Né à Nouamou, dans le sud-est de la Côte-d’Ivoire, le 26 avril 1963, le professeur Lazare Marcelin Poamé est un homme de conviction. Travailleur infatigable, il a gravi toutes les marches de la hiérarchie académique en passant d’Assistant à Maître-assistant puis Maître de conférences, et Professeur titulaire. Les différents échelons de l’administration universitaire il les a gravis en qualité de chef de département, Vice-doyen et Doyen.

Au lendemain de son élection en 2009 à la présidence de l’université de Bouaké, il avait décidé de mettre toute son expérience au service de cette institution à travers son ambitieux projet dénommé « Bouaké la neuve » dont l’enjeu principal était de donner une impulsion plus forte pour une université Alassane Ouattara plus compétitive.                             

Cheik Koné

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