PORTRAIT

Dr Yassine Fofana, un demi-siècle de combat pour normaliser la médecine traditionnelle africaine (Portrait)


Bouaké (Côte d’Ivoire)-Bouaké360

Le célèbre chercheur-pharmacien ivoirien Dr Mamadou Yassine Fofana, titulaire d’une vingtaine de brevets de formules scientifiques de médicaments à base de plantes médicinales a fêté ses 76 ans de vie en 2017 dont 41 années passées entre ses éprouvettes et les bois sacrés du continent africain pour documenter et normaliser le fabuleux travail abattu depuis des millénaires par de nombreux détenteurs anonymes des secrets de la médecine traditionnelle africaine. Retour sur le portrait de ce panafricaniste émérite, publié pour la première fois en 2017 sur le site du confrère apanews.net.

Après des études à la faculté mixte de médecine et de pharmacie de Rouen (France) où il obtient un diplôme de pharmacien-chercheur, le jeune Mamadou Yassine Fofana rentre en Côte d’Ivoire en 1976. Il est alors affecté à Korhogo dans l’extrême Nord du pays où il occupe pendant 3 ans le poste de pharmacien chef du Centre hospitalier rural (CHR) de la localité.

En 1984, il quitte la fonction publique et installe sa première officine de pharmacie à Bouaflé (Centre-Ouest) avant d’ouvrir la même année la pharmacie de la grande mosquée de Bouaké, dans le Centre-Nord ivoirien.

C’est donc à Bouaké que ce passionné de nature et de culture africaine va décider de s’installer pour mettre son savoir-faire en pratique, en vue de donner une base scientifique à la médecine traditionnelle, une science longtemps décriée par ces détracteurs de charlatanisme. Il crée donc à Bouaké, en 1990, les laboratoires Galefony, un centre de recherche et de production de médicaments à base de plantes médicinales, en partenariat avec le département de la médecine traditionnelle (DMP/INRSP) de Bamako (Mali).

Pour ce farouche africaniste, ‘’l’Africain doit avoir confiance à l’Africain parce que notre savoir-faire dans le passé a été très important et grâce aux recettes de nos ancêtres, nous avons pu survivre’’ avant l’avènement de la colonisation ‘’à travers l’exploitation des plantes que ce soit à des fins thérapeutiques ou nutritionnelles’’.

‘’L’Afrique est riche’’, pourquoi diantre, ‘’n’arrivons nous pas à comprendre cela’’ aime-t-il répéter de sa voix un peu enrouillée par le poids de l’âge.

‘’Nous avons hérité des recettes traditionnelles qui ont permis de soigner nos ancêtres depuis des millénaires. En exploitant une telle richesse, on aura la possibilité de soigner la population à moindre coût’’, fait-il remarquer avant de s’interroger ‘’quand l’invisible sera-t-il visible ?’’.

Comme pour dire que malgré tout le travail abattu dans l’ombre des laboratoires ‘’on est en train de dévaster nos forêts qui renferment les plantes médicinales (…) Nos Etats sont encore réticents pour nous accompagner dans la recherche et dans la promotion de nos produits qui sont pourtant labellisés (…) Les visas d’exploitation des produits coûtent chers et il faut les renouveler chaque 5 ans’’.

Malgré toutes ces difficultés, de nombreux témoignages attestent de l’efficacité des produits fabriqués par les soins de l’érudit ivoirien.

‘’Je suis un exemple de ceux que le Dr Fofana Yassine a sauvés’’, a, publiquement, témoigné Me Yaya Koné, lors d’une conférence animée le samedi 25 février, à Bouaké, par l’homme de science sous le thème : « Apport de la médecine traditionnelle dans les soins de santé : prise en charge des pathologies courantes ».

‘’Je souffre de la goutte et en même temps j’ai été victime d’une insuffisance veineuse du membre inférieur gauche et j’ai manqué de me faire amputé à Bouaké’’ a poursuivi Me Koné,ajoutant que ‘’je me suis rendu en Tunisie où j’ai suivi une intervention chirurgicale, je suis revenu et la maladie a repris et le Dr Yassine Fofana ici présent est celui là qui a permis que je porte à nouveau des chaussures fermées’’.

D’ailleurs, c’est au cours de cette conférence que le pharmacien-chercheur a proposé comme alternative à la mévente du cacao (un sujet qui fait beaucoup de bruits en ce moment en Côte d’Ivoire)de transformer localement ce produit afin d’en faire un médicament.

‘’Nous avons déjà commencé à utiliser le beurre de cacao pour faire des suppositoires, cela existe déjà en Europe et nous allons le faire ici en Côte d’Ivoire, alors qu’on parle de mévente du cacao’’, a souligné Dr Fofana.

Pour lui, ‘’si le gouvernement nous encourage, on pourra utiliser le beurre de cacao pour fabriquer des médicaments’’. Ce qui d’ailleurs va occasionner la création de ‘’beaucoup d’emplois’’ autant pour les planteurs que pour les employés de la chaîne industrielle qui sera créée à cet effet.

Selon le scientifique, le cacao contient une substance ‘’non excitante qui tranquillise’’. Ce produit s’il est transformé en médicament pourrait donc servir comme un puissant tranquillisant. Également, a-t-il fait savoir, ‘’la noix de cajou peut être utilisée comme bactéricide(pour tuer les bactéries), comme antimicrobien et nous pouvons transformer ses feuilles pour faire des antibiotiques et des antimycosiques (pour lutter contre les mycoses et la teigne).

C’est pourquoi il invite les pouvoirs publics à investir dans cette direction ‘’au lieu d’attendre des miettes’’ de la vente de ces produits agricoles sur le marché international.

‘’L’Etat ivoirien vient à peine de donner l’autorisation pour que nous vendons nos produits dans les pharmacies. Je fais partie de l’équipe qui encourage cela avec l’appui du ministre actuel de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur (ndlr : actuel ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Pr Ramata Ly-Bakayoko’’, relève-t-il.

Sur une vingtaine de produits à base de plantes médicinales dont les brevets portent son nom, seulement deux sont en ce moment ;vendus en pharmacie en Côte d’Ivoire et au Mali où il avait élu domicile parce que la législation sur la médecine dans ce pays se prêtait à sa volonté de faire reconnaître par le gotha scientifique mondial les vertus des plantes médicinales de sources africaines. Il est de retour en Côte d’Ivoire, précisément à Bouaké où il partage son temps entre son cabinet pharmaceutique au quartier Sokoura et son laboratoire du quartier Kennedy.

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